Thibault Isabel: “Christophe Dettinger, héros du peuple?

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TOPSHOT - A man in a boxing stance fights riot police during a demonstration by "Gilets Jaunes" anti-government protestors on a bridge leading to the National Assembly in Paris on January 5, 2019. / AFP / -

Rarement l’actualité nous a délivré des images aussi spectaculaires ! Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, la situation est presque surréaliste. Thibault Isabel nous livre son analyse du dernier événement en date : le combat de boxe de Christophe Dettinger sur la passerelle Senghor.

Christophe Dettinger est en passe de devenir une icône parmi les gilets jaunes. Il ne s’agit certes pas de faire l’apologie de la violence. Les gilets jaunes gagneront à s’imposer comme un mouvement pacifique, afin de ne pas s’enfermer dans le piège qui leur est tendu par le pouvoir.

Ce sont les autorités légales qui ont tout intérêt à conforter l’extrémisme du mouvement pour mieux le discréditer dans l’opinion. Les déclarations répétées d’Emmanuel Macron vont dans ce sens : il présente les Gilets Jaunes comme un mouvement radical, comme une nouvelle manifestation de la peste brune ou de la chienlit anarchiste. Voilà très exactement ce que les gilets jaunes ne doivent pas devenir, s’ils entendent lui donner tort.


Le samedi 5 janvier, Dettinger n’en a pas moins incarné la figure de David contre Goliath. Il s’est avancé, seul devant ses camarades, face à une rangée de gendarmes mobiles arborant leurs gilets de défense et leurs boucliers impénétrables. Et David a fait reculer Goliath ! La scène ne dure que quelques secondes ; mais elle restera dans les mémoires pendant de longues années, y compris chez ceux qui voient le mouvement des gilets jaunes d’un œil réprobateur.

Ce genre de moments laissent une empreinte indélébile.
Les gilets jaunes témoignent du retour de l’imaginaire démocratique. En ce sens, Christophe Dettinger a fait preuve d’héroïsme. Le héros, si l’on en croit la mythologie grecque, n’est pas toujours un ange de vertu.

Il n’est pas bon ou mauvais. Ses actions ne sont pas nécessairement louables. Mais il nous inspire, en bien comme en mal. Il y a quelque chose de vigoureux et de revigorant dans cette résurgence du courage.


La misère du peuple nécessite avant tout une lutte de grande ampleur contre les injustices – parce que cette misère, en plus d’être sociale, est existentielle. Le peuple ne doit plus courber l’échine ; il doit relever la tête.

C’est un combat en-dehors de toute revendication, un combat presque irrationnel. Un combat aux proportions mythologiques. Les policiers et les gendarmes renouent eux aussi avec une énergie qu’ils avaient oubliée.

Même ceux d’entre eux qui soutiennent dans leur cœur les gilets jaunes doivent être fiers du métier qu’ils accomplissent en ce moment.


Nul ne souhaite le chaos. Le courage peut être non violent. Martin Luther King, aux Etats-Unis, nous en a donné l’exemple dans les années 1960. Les marches pacifiques demandent de la bravoure, et elles emportent l’admiration de tous.

Au demeurant, ChristopheDettinger a reconnu que son geste était déplacé, qu’il avait cédé à un élan de colère face à la dureté de la répression. Ses paroles de regret étaient sages. Elles méritent d’être écoutées.
Une analyse de Thibault Isabel à lire en intégralité sur le site L’inactuelle.