Des gilets jaune réveillonnent sur leur rond-point

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Chapon, bûche, et messe de Noël, dans l’ex-bassin minier, des « gilets jaunes » fêtent Noël tout en continuant à manifester…

« C’est un Noël comme à la maison ». Dans le nord de la France, une trentaine de «gilets jaunes» s’apprêtaient lundi à fêter Noël avec « leur deuxième famille » sur un rond-point où un prêtre célébrera une messe à minuit.

« On va manger des oeufs mimosa, de la dinde et de la bûche, comme si on fêtait Noël à la maison ! », se réjouit Christopher Damiens, épaviste. Depuis le 17 novembre, cet homme de 33 ans milite « chaque jour » sur ce rond-point de Somain, ville communiste de quelque 13.000 habitants où des « gilets jaunes » se relaient jour et nuit. Ils y ont même construit une petite cabane en bois et planté un sapin de Noël « pour l’occasion ».

« On est encore aimé, malgré les critiques ! »

Souvent, des automobilistes klaxonnent au passage, en guise de soutien à l’égard de cette forme inédite de mobilisation citoyenne marquée par l’occupation de ronds-points à travers la France, et qui prospère sur un fort sentiment d’abandon comme c’est le cas dans cet ex-bassin minier.

« On est encore aimé, malgré les critiques ! », s’enthousiasme Christian, militant de 57 ans, guirlande de Noël en bretelles. « Des passants nous ont même distribué des pâtisseries, des boissons, des chips… », ajoute Emmanuelle, 38 ans. Une allusion aux violences qui ont émaillé les manifestations à Paris ainsi qu’aux dérives complotistes et antisémites qui ont termi l’image d’un mouvement initialement dirigé contre la hausse des taxes et la baisse du pouvoir d’achat.

« L’autre, il mange du caviar avec les soldats »

« Au départ, je ne connaissais personne, mais nous sommes devenus une famille, c’est la seule chose que Macron a réussi à faire de bien : nous rassembler, resserrer les liens entre les gens », pense Christopher Damiens, bien décidé lui aussi à faire mentir ceux qui parient sur l’extinction de la fronde, qui a connu samedi une nette baisse après plus d’un mois de mobilisation. Derrière lui, un panneau publicitaire est tagué « Macron dégage », le président français étant la cible favorite des « gilets jaunes ».

« Plus il tapera sur les gens, plus y aura de monde ici et plus nous serons soudés ! », lance le manifestant, casquette grise vissée sur la tête. « L’autre, il mange du caviar avec les soldats, il devrait venir voir son peuple, nous écouter ! », s’emporte à ses côtés Jean-Luc Leclerc, cariste à la retraite, dans une allusion au réveillon de Noël, ce week-end, du président Emmanuel Macron au Tchad avec un millier de militaires français de l’opération Barkhane.

« Les ronds-points remplacent les petits cafés »

« Moi, j’avais vraiment envie de faire Noël ici, avec mes camarades de combat, car entre nous est née une amitié sincère », ajoute le retraité. Puis note : « Les ronds-points remplacent les petits cafés qui existaient dans le temps, on retrouve une solidarité et on quitte le métro-boulot-dodo ». Christophe, gilet jaune sur sa veste en cuir, affirme lui aussi être là par « solidarité ». « Nous sommes tous dans la même galère, on ne lâchera pas tant qu’on nous ne écoutera pas ! »

« A la maison, je m’ennuie, je préférais fêter Noël ici, il y a une bonne ambiance, c’est convivial », témoigne Kévin, 19 ans, en formation pour devenir paysagiste. « J’espérais tant qu’un mouvement comme celui-là émerge. Ici, on s’entraide, on n’est pas dans la société individualiste », se réjouit de son côté Thérèse, 61 ans. Michel, 64 ans, reviendra lui spécialement à minuit pour la messe : « Je ne suis pas croyant » mais « le prêtre nous a soutenus depuis le début », sourit ce retraité du bâtiment.

avec AFP